Projet scientifique et axes thématiques

Les travaux de recherche menés au CRAL s’appuient sur quatre grands champs disciplinaires, qui incarnent son identité de recherche et son histoire  et dans cinq thématiques transversales qui rassemblent les sujets de recherches collectives du CRAL.

CHAMPS DISCIPLINAIRES

LITTÉRATURE ET TEXTES

Les chercheurs en littérature du CRAL sont fédérés autour d’une compréhension large du fait littéraire, soucieux de placer les formes au sein d’autres discours et de les étudier dans leurs enjeux esthétiques, philosophiques, culturels et historiques.  Les études menées dans ce champ disciplinaire prennent plusieurs grandes orientations : les rapports entre littérature, pensée et formes de l’existence, la littérature comme instrument de connaissance du monde social, les enjeux politiques éthiques et idéologiques des dispositifs littéraires, les études narratologiques.

MUSIQUE ET ÉTUDES SONORES

Les travaux sur la musique au sein du CRAL s’inscrivent dans une perspective interdisciplinaire, où la musicologie rencontre l’histoire, la sociologie, l’esthétique, et où l’interrogation sur l’art sonore croise la réflexion sur les autres arts. L’équipe engagée dans ce champ a à cœur de développer le domaine des Sound Studies, afin de saisir le fait musical dans toute sa complexité. Les rapports entre musique et politique sont dans cette perspective un thème récurrent, tout comme l’étude des pratiques musicales saisies par l’histoire culturelle ou la sociologie des arts, ou encore le retour réflexif sur l’historicité de la théorie musicale, la critique ou l’historiographie.

HISTOIRE ET THÉORIE DES ARTS

Les recherches menées au sein de ce champ s’inscrivent dans le programme d’activités du Centre d’études sur l’histoire et la théorie des arts (CEHTA).  Ces travaux suivent deux grandes lignes de recherche : la première se définit par une approche critique aux fondements épistémologiques de la discipline de l’histoire de l’art ; la deuxième est une approche renouvelée du rapport entre les images et l’histoire, autour de l’idée d’une politique des images.

ESTHÉTIQUE ET REPRÉSENTATIONS

Les travaux menés au sein de ce champ disciplinaire impliquent des problématiques esthétiques, philosophiques, sociologiques ou historiques d’ordre général. Ils portent essentiellement sur des questions relevant de l’esthétique philosophique, des valeurs et des normes dans les mondes artistiques et de la culture, des rapports entre esthétique et société, du lien entre pratiques artistiques et représentations culturelles, des rapports entre logique moderne et philosophie du langage.


AXES THÉMATIQUES TRANSVERSAUX

I ART, POLITIQUE, NOUVELLES RELATIONS

Dans le droit fil d’importants travaux sur les relations entre art et démocratie (notamment Literature, democracy and Transitional Justice, dirigé par Mohamed-Salah Omri and Philippe Roussin, Legenda, Modern Humanities Research Association, 2022) et de nombreuses autres publications sur musique et démocratie, arts et mouvements d’émancipation, cet axe s’intéresse à la contribution de la littérature à l’espace public et à sa démocratisation, que l’on sent parfois menacée de tous côtés. Cette recherche dépasse la dichotomie engagement/autonomie dans laquelle la littérature a souvent été prise pour réfléchir sur les notions de (dé)-hiérarchie (des genres, des publics, des partages entre littérature et non-littérature) et de moindre autorité. Les quatre chantiers principaux sont les suivants :

  • L’art et la race, qui a déjà donné lieu à des colloques, des publications, une exposition continue à fédérer des recherches importantes sur le plan national et international dans le sillage du livre L’Art et la race. L’Africain (tout) contre l’œil des Lumières, Les Presses du Réel, 2019). Un chantier s’est ouvert sur les cultures visuelles et artistiques des Amériques françaises, en portant une attention particulière à la contribution africaine dans la fabrique des œuvres en colonie, comme à la culture matérielle et symbolique des sociétés de plantation et il va continuer à être exploré sous différentes formes, avec le dépôt d’un projet ANR.
  • Les enjeux esthétiques et politiques des diversités seront étudiés avec l’IPAA (International Project on Arts and Aesthetics) de Taïwan et le département des East Asian Studies de l’université de Toronto à travers un travail sur la « multiculturalité », concept concurrent du multiculturalisme, né dans le sillage des postcolonial studies, qui vise à penser l’intensification des migrations des personnes, des images et des textes, et des phénomènes de multilinguisme, de marginalité, d’entrelacements entre les arts et les cultures qui en découlent.
  • La réflexion sur l’autorité : Un premier volet de cette recherche à venir correspond à une enquête historique sur les moments et les lieux de moindre autorité. Un second axe vise à lancer une étude sur les « maîtres cachés », par quoi on entend des penseurs, venus de disciplines différentes et inscrits dans des institutions différentes, qui ont exercé une influence profonde sur des générations de jeunes intellectuelles ou intellectuels, mais sans se faire un nom au même titre que d’autres. Un troisième volet réfléchira à l’idée de partage d’autorité, question cruciale pour la littérature mais aussi pour d’autres sciences humaines et qui pose les enjeux éthiques du « parler pour » ou « parler à la place de ».
  • Le langage et le monde social : les études sur le langage développées au CRAL ont un double propos : trouver ce que la langue permet de construire et comprendre comment et à quelles fins ces constructions sont employées dans le monde social. Cherchant plus précisément à articuler une sémantique structuraliste avec une pragmatique austinienne, elles se concentrent sur l’étude de l’énonciation – de la description que le locuteur donne de son activité à l’action que l’acteur parlant qui utilise l’énoncé effectue – mais s’interrogent également sur les néologismes, leur possibilité et leurs relations avec le type de discours, ou encore le lexique social. Une part importante de la réflexion concerne le témoignage, en collaboration avec les recherches du GRIHL de l’EHESS (CRH) : Groupe de recherche interdisciplinaire sur l’histoire du littéraire. L’accent va être aussi placé à l’avenir sur l’étude des correspondances. Leur cohérence repose-telle sur des principes sémantiques généraux ou des principes pragmatiques propres à ce qui serait un genre épistolaire, que permettent-elles de faire, sont-elles adressées, demandent-elles une réponse ? Dans toutes ces études, il s’agit de s’intéresser à la part proprement langagière des faits sociaux, en lui conservant sa nature langagière, c’est-à-dire en reconnaissant que l’activité de parole n’est pas un pis-aller, un outil pour faire apparaître à l’autre ce qu’il ne peut percevoir, mais bien une activité en soi.

II HUMANITÉS ENVIRONNEMENTALES, CARTES DU VIVANT, ART PLANÉTAIRE

À côté des travaux des écologues, des biologistes, des géographes, les spécialités disciplinaires du CRAL peuvent paraître bien impuissantes face à l’urgence environnementale. Pourtant, le partage des savoirs et des récits, dans ce domaine comme dans d’autres, mais peut-être de façon particulièrement cruciale, se révèle fructueux. Le travail sur « les vivants », conduit dans l’ampleur des enjeux esthétiques éthiques, scientifiques qui les affectent a déjà été au cœur de plusieurs travaux menés dans l’unité (par exemple le livre de Marielle Macé, Une pluie d’oiseaux, José Corti, 2022 et tous les débats et actions qu’il a fait naître, ou le numéro de la revue Critique, « Vivre dans un monde abîmé » (2018). Le nom de l’Equipex + Terra Forma vient du livre de Frédérique Aït-Touati qui porte ce titre. Le rôle du CRAL dans les humanités environnementales s’est imposé (Colloque « Animalité, fictions, images », Journées d’études « Les migrations des plantes », avec les inflexions qui lui sont propres (la place accordée à l’éthique, la perspective réflexive). Un contrat doctoral a été obtenu auprès du PPR Océan sur les nouveaux récits de remédiation écologique. Les chantiers principaux sont les suivants :

  • Une part importante de la recherche dans ce domaine se fera dans le cadre de L’Equipex + Terra Forma, qui découle du PIA 3 (Plan d’Investissement d’Avenir national). Son objectif est de changer complètement de paradigme dans la stratégie d’observation des systèmes naturels anthropisés. À ces fins, il utilise deux leviers identifiés par la communauté scientifique pour transformer les outils et méthodes d’observation actuels : le recours à l’interdisciplinarité et le déploiement d’une approche holistique, à une échelle pertinente pour une recherche et une action territorialisée.
  • Attachement, symbiose, rythme, respiration : après une recherche sur ce qui fait une vie, un chantier s’ouvre autour des questions de symbiose, de rythme, de respiration, en lien avec la philosophie morale, d’un côté, et la poésie de l’autre. Du cœur d’une démarche de recherche, et de ce qu’elle est capable de déplacer, naissent des dynamiques créatives et des déploiements performatifs. Un numéro double de la revue Po&sie intitulé « Météorologiques », rassemblera des poèmes (traductions, créations) et des études qui reconnaissent dans la variation et la participation atmosphérique l’une des définitions possibles (et des plus actuelles) de la littérature. Une chercheuse est associée au projet « Navire Avenir » du Pôle d’exploration des ressources urbaines (commandé par le Centre Pompidou Metz, et accueilli par plusieurs lieux d’art) pour construire et documenter (sous formes d’images, de récits prospectifs, de discours d’anticipation) un authentique navire de sauvetage mis à disposition des associations de secours en Méditerranée. Ainsi, après avoir été pionnières dans l’étude des façons dont les arts et les littératures représentent, donnent voix et capacité d’agir aux animaux et même aux plantes (donnant naissance à la « zoopoétique »), plusieurs recherches au CRAL se donnent une nouvelle échelle, paysagère et planétaire, autour de deux domaines de spécialité : une pensée, nécessairement interdisciplinaire, des formes de vie (vies humaines, non-humaines, biotiques et abiotiques, paysages et milieux anthropisés), et une histoire longue de la cartographie (des conceptions du monde, du globe, des modalités de leur connaissance et de leur habitation). Ces recherches entrent en communication avec les sciences de la terre (mettant en avant la notion de « zone critique »), et dialoguent avec la géographie et l’urbanisme, en s’intéressant par exemple aux récits du sous-sol ou aux « paysages incertains ». Elles proposent des terrains d’étude originaux : une écologie de la respiration, une poétique des organismes symbiotiques, un intérêt pour le « tournant minéral » que connaissent aujourd’hui les arts, une pensée des « attachements » multiples qui trament tout environnement.
  • Réflexion sur le vivant et arts de la scène : ce chantier réfléchit en acte et en performance au passage de la pensée de l’environnement à la scène ou à l’écran, son exposition. L’art comme pratique devient un foyer réel de production de pensée et de réflexion qui donneront lieu à de nouvelles productions dans les années à venir.
  • Art planétaire : les travaux de l’IPAA (International Project on Arts and on Aesthetics) vont s’orienter en direction de l’art contemporain mondialisé qui intervient sur les problématiques écologiques ; poursuivant la recherche engagée sur la matérialité des œuvres d’art, les recherches sur l’art planétaire se feront à l’international, toujours en collaboration avec les EC de Taïwan et de l’université de Toronto. Dans le contexte de la crise du changement climatique provoquée par la suractivité et la surproduction humaines, que peuvent nous apporter les artistes ? Ceux-ci ont en effet créé une sorte de mouvement, appelé « l’art planétaire », qui revisite complètement nos rapports à la nature. La question que pose l’art planétaire n’est plus seulement celle de la globalisation ou de la mondialisation, des échanges interculturels, mais aussi celle de la planète, de nos relations en tant qu’humains à la nature. Il s’agit ainsi d’interroger les interdépendances planétaires. L’art planétaire est une forme d’art qui prend la terre comme principe de réflexion et non plus comme simple objet d’étude, et qui, plus encore, tente de ne plus placer l’humain au centre de la pensée, au profit des non-humains. Dans cette attention portée à la relation aux non-humains, la théorie chinoise traditionnelle de l’art peut être d’une grande aide, dans la mesure où les artistes et lettrés chinois ont de longue date expérimenté une relation aux éléments naturels – arbres, rochers, montagnes, plantes, nuages, etc. – totalement décentrée par rapport au vécu humain. Ainsi les artistes chinois traditionnels, mais aussi les artistes contemporains de l’art planétaire, se rejoignent-ils dans une certaine mesure, pour remettre en question des catégories telles que celles de l'animal, du minéral ou du végétal, pour se tourner vers un ordre de relations multi-espèces.

III LA CONNAISSANCE PAR LE SENSIBLE

Les recherches menées au sein de ce champ s’inscrivent dans une tradition de recherche propre à l’EHESS et caractérisée, dès les années 1970, par un déplacement de l’histoire de l’art qui concerne aussi bien les méthodes que les objets. Avec le concours des sciences sociales et notamment de la linguistique, de l’anthropologie, de la sémiotique et de la psychanalyse, s’est ainsi ouvert un champ interdisciplinaire fécond qui a connu d’importants tournants notamment dans, la relation aux disciplines historiques. Dans ce cadre, sont développés de nombreux travaux autour d’une politique des images. Les recherches actuellement en cours et les projets individuels et collectifs relevant de cet axe peuvent se résumer à trois lignes principales :

  • L’attention portée à l’efficace des images et notamment aux effets d’affect est la première de ces lignes. L’unité va travailler sur le geste, sur sa composition en formule gestuelle, sur son historicité stratifiée, et sur sa transmission « intermédiale ».
  • Une deuxième ligne, de nature plus ouvertement critique, s’interroge sur les implications idéologiques de la discipline de l’histoire de l’art et des images. L’objectif est de contribuer à défaire l’isolement prétendu de l’Europe dans ce domaine et de faire apparaître les rapports de force coloniaux et post-coloniaux qui ont dicté le récit de l’histoire de l’art.
  • Une troisième ligne de recherche est centrée sur la condition contemporaine de notre relation à l’image et sur son ancrage dans le dix-neuvième siècle. La massification des images documentaires, la médiation et les formes de la circulation de ces images sont au cœur de ce questionnement qui sera par ailleurs étendu à d’autres aspects de la modernité, saisie comme condition historique : le rapport à la préhistoire, la muséification des arts, l’invention des arts décoratifs.

Le « sensible » est entendu comme objet d’étude ethnographique et comparatif, mais aussi comme modalité de la connaissance et de la création dans des domaines aussi divers que le cinéma documentaire, les arts et la haute couture. Un aspect important de cette trajectoire concerne l’objet conçu dans la singularité sensible de sa substance matérielle autant que dans l’histoire de ses déplacements entre des aires culturelles diverses, avec les implications idéologiques et politiques coloniales et post-coloniales que ces transferts induisent. Cette approche par le sensible est strictement liée à l’étude de la dimension affective et efficace du travail des arts, et concerne donc la littérature, la musique, les arts visuels, le cinéma et le théâtre, mais aussi, et surtout leurs liens et toutes les formes actuelles d’intermédialité.

  • Un autre chantier de cet axe « la connaissance par le sensible s’intitule « Théories, formes, dispositifs » et implique une collaboration avec la linguistique. Sont réunis dans cette trajectoire les travaux en cours et les projets dans lesquels se manifeste un travail de modélisation, une réflexion poussée sur les méthodes ainsi qu’une prise en compte des dispositifs formels qui contribuent à la saisie et à la transmission du sens dans le domaine du langage et des arts. L’un de ces dispositifs est l’appareillage par lequel le locuteur s’empare de la langue tout en inscrivant par des pronoms des formes verbales, et de déictiques la situation de l’énonciation dans l’énoncé. L’appareil formel de l’énonciation (tel que le définit Émile Benveniste), est le dispositif pragmatique qui prend en charge les rapports de force en jeu dans l’échange et qu’implique donc une dimension sociale de la plus grande importance. Exporté de la linguistique à la théorie des images, ce modèle a permis de poser au centre de l’attention les dispositifs de présentation de la représentation et leurs enjeux. Qu’il s’agisse du champ de la théorie du langage ou de celui de la théorie de la littérature et des arts visuels, cette interrogation connaît des développements importants toujours liés à l’étude de cas exemplaires sur le plan de la théorie et pertinents sur le plan des sciences sociales.

L’intérêt stratégique de cette trajectoire est de maintenir et affiner un travail sur les formes alors que cette dimension formelle est actuellement en risque d’être écartée ou réduite aux seuls « contenus ».

IV LANGAGE, TRADUCTION ET INTERCULTURALITÉ

Cet axe prend en compte des travaux et des projets interdisciplinaires novateurs. Outre les réseaux fortement constitués par le CRAL autour de la narratologie et la linguistique, de nouvelles sous-thématiques apparaissent. Les chantiers sont au nombre de trois :

  • Traduction et dialogue interculturel : de nombreux membres du CRAL (dans les champs disciplinaires musique et sons, esthétique, valeurs et représentations) réfléchissent à ces questions de communication interculturelle et intermédiale. Certains de ces projets ont été présentés dans la thématique A) Arts, politique, nouvelles relations. D’autres sont conduits dans la continuité de la publication du livre Traduction et violence, ses résonances et traductions en plusieurs langues. Un projet d’ampleur intitulé Tiers langages, tiers paysages, tiers terrains est prévu autour de plusieurs ancrages dont l’étude de l’idée de « Jardins coloniaux » : médiations et explorations pluridisciplinaires – avec un premier thème autour du jardin agronomique René Dumont (Paris 12e arrondissement). Dans le cadre du projet Tiers langages, tiers paysages, tiers terrains un second projet d’investigation collective est envisagé dans l’état de Bahia au Brésil.

  • Un deuxième chantier s’intitule Frontières et cartographies. Un projet va être lancé en partenariat avec l’Institut Jean Nicod et des doctorant·e·s du CRAL sur « Orientation et Désorientation en Littératures et en Arts (paysages, villes, cartes, points cardinaux, corps humains) ». Le projet se situe à la rencontre d’une histoire des littératures et des arts, et s’intéresse aux dialogues qui peuvent s’établir avec d’autres disciplines telles que la philosophie, les études historiques et anthropologiques. Il consistera en une exploration visant à l'établissement d'une phénoménologie des formes croisées de l'orientation et de la désorientation en contextes d’interculturalité. Les thématiques de l'orientation et de la désorientation engageant des questions relatives aux sciences sociales et aux sciences cognitives, ce projet mobilisera également des notions relatives à une grande diversité de champs disciplinaires. Le projet s’intéressera aussi à la manière dont les perceptions humaines de certains environnements (milieux aquatiques, désertiques, littoraux) peuvent être traduites textuellement ou par le moyen des images et/ou installations, et ce, de manière polysémique.

  • Troisième chantier Prendre soin et Diverlangues

Une des lignes directrices majeures de cet axe est de faire dialoguer les sciences humaines et sociales avec les milieux médical et paramédical. Il ne s’agit pas seulement d’un dialogue théorique (qui relève des humanités médicales), mais de la mise en place de procédures et de dialogues avec les principaux acteurs du soin (soignants et patients).

Présentation détaillée du chantier Prendre soin et Diverlangues

V RECHERCHE-CRÉATION : LA PENSÉE EN PERFORMANCES

Le CRAL est au cœur des réflexions sur la transformation des rapports entre le milieu de la recherche et les milieux de la création littéraire, des arts et de la scène. De nombreux membres du CRAL conjuguent recherche et pratique artistique (poésie, proses littéraires, théâtre, cinéma, documentaire, création radiophonique et sonore…). La présence d’une réalisatrice et le recrutement d’un ingénieur du son (partagé à 50% avec une direction transversale de l’EHESS, la direction de l’image et du son) a permis d’innover dans ce domaine ces dernières années et de conjuguer recherche-création et recherche action : 32

podcasts sont des réalisations originales par exemple et les quelques 185 vidéos réalisées ces dernières années au CRAL sont pour certaines de vraies réalisations artistiques (https://www.youtube.com/user/cralehesscnrs). De nouveaux financements ont été trouvés en Recherche-création (CRESS, ministère de la Culture, Villa Albertine), des partenariats et des collaborations nombreux ont été établis avec des institutions culturelles : Philharmonie, BNF, Musée du Quai Branly, Centre Georges Pompidou, Maison de la poésie, Fondation Cartier pour l’art contemporain, Théâtre Nanterre-Amandiers, Théâtre National de Chaillot, Théâtre National de Bretagne (TNB), Fondation Royaumont. Les collaborations avec des artistes (musicien·ne·s, plasticien·ne·s, poètes, cinéastes, acteur·ices) sont fréquentes.

Plusieurs axes nourrissent cette thématique transversale :

Le théâtre comme laboratoire : cette sous-thématique réfléchit en acte et en performance au passage de la pensée de l’environnement à la scène ou à l’écran, son exposition. L’art comme pratique devient un foyer réel de production de pensée et de réflexion. La revue Thaêtre en recueille les expérimentations et la réflexion menée à partir de celles-ci.

  • Le sensible par le sensible : le CRAL est à l’origine de productions de longs ou moyens métrages documentaires sur des objets de recherches : De la Terre noire à l’encre (2022), Les Filles du feu (2017). 29 Expositions auxquelles ont contribué les membres du CRAL ont été recensées. Les membres du CRAL exposent soit en tant qu’artistes (expositions individuelles ou collectives), soit en dialogue avec d’autres artistes, soit en tant que commissaires scientifiques. Avec les doctorant·e·s, de nouveaux objets et médiums sont explorés (jeux vidéo, humanités médicales) dans ce sens et permettent de réfléchir de façon originale à la diffusion vers de nouveaux publics. Une doctorante a un terrain de recherche basé sur l’élaboration de nouveaux récits collectifs sur les vivants non-humains et les liens de dépendances avec eux, avec la mise en place d’ateliers d’écriture conçus comme des laboratoires de récits écopoétiques, réalisés avec différents publics : scientifiques, jeunes, collectivités, entreprises… Ces laboratoires s’inscrivent dans une démarche de recherche-action et de recherche-créative, ainsi que de recherche participative. Les participant·e·s sont invités à donner vie à leurs récits, par exemple, en forme de déclamation Slam ou bien à l’occasion d’un événement rencontre-débat organisé à l’issue de l’atelier comme temps de restitution collectif et possiblement public. Ancrées dans des territoires et des paysages effectifs, les recherches en éco-poétique acquièrent une dimension pragmatique, agissante. Une chercheuse est engagée dans le projet Loire-Sentinelle, associant biologistes, hydrologues, associations et artistes pour une étude de l’état de santé de la Loire, mais aussi des attachements qui s’y déploient et pourraient s’y réinventer ; elle accompagne également des urbanistes bruxellois dans un programme de réappropriation des eaux en ville (Brusseau) et de travail autour de l’échelle du bassin-versant et des problématiques de partage citoyen des eaux ; elle collabore avec un urbaniste genevois autour de la renaturation d’une rivière.
  • Le son et la musique au prisme des sound studies : le Réseau Son:S a de nombreux projets de recherche créations : au plan national (TNB) et international (Beyrouth). Un projet de radio ouverte sur les territoires et en particulier la banlieue parisienne est en cours de montage par une des chercheuses de l’unité en collaboration avec la Philharmonie de Paris (Balises).