Centre de Recherches sur les Arts et le Langage

Histoire du Centre


Le film "Autobiographie d'un centre recherche" (67 minutes, 2013, réalisation Momoko Seto)

 

Le Centre de recherches sur les arts et le langage a été créé en 1983 par une équipe issue du CETSAS – le « Centre d'études transdisciplinaires. Sociologie, Anthropologie, sémiologie » attaché à l’EHESS et codirigé par Georges Friedmann, Edgar Morin et Roland Barthes  – Centre qui a ensuite plusieurs fois changé de nom pour être rebaptisé en 2008 « Centre Edgar Morin».  

Le CRAL a eu dès sa création le statut d’Unité associée EHESS / CNRS ; il a conservé jusqu’à aujourd’hui ce statut d’association, qui a évolué institutionnellement, en équilibrant pour le mieux l’appartenance de ses membres et de ses directeurs à chacun des deux organismes.  

Ses sept membres fondateurs – Raymond Bellour, Claude Brémond, Hubert Damisch, Gérard Genette, Louis Marin, Christian Metz et Tzvetan Todorov – ont décidé de sa création après la mort de Roland Barthes. Une quinzaine de chercheurs d’horizons divers sont rapidement venus les rejoindre.

 Plusieurs opérations de recherche viennent structurer les orientations du nouveau Centre: « Le statut du texte », « Structures discursives » (devenu « Structures narratives »), « Texte et idéologie », « Théorie de l’image », « Concepts de l’analyse cinématographique » (remplacé ensuite par « Médias visuels et signification »), « Théorie du langage musical », « Histoire de l’esthétique et de l’herméneutique ». En 1987, apparaîtront en plus : « Discours, énonciation, inconscient » et « L’interaction des arts ». Une grande partie des champs de recherche qui seront ceux du CRAL sont ainsi déjà mis en place.

Le Centre crée d’autre part la filière « Arts et littératures » du DEA de l’EHESS Sciences du langage, devenu depuis Arts et langages.  

   

 Par ses origines et par ses figures fondatrices, par certains des membres qui sont venus le rejoindre, historiquement le CRAL a été fortement associé aux paradigmes sémiotique et structuraliste. Bien que la notion de « paradigme » renvoie à une identité de méthode et de théorie qui n’a pas vraiment existé dans les faits… La lecture des travaux des membres fondateurs  montre qu’il n’y a jamais eu de véritable identité de programme et que l’existence d’un certain nombre de références centrales partagées (Saussure, les formalistes russes) s’accompagnait de différences importantes dans leurs approches.  

Ces différences expliquent sans doute en partie pourquoi le CRAL, contrairement à d’autres équipes dites sémiotiques, n’a pas formé d’école et n’a pas eu de politique de recrutement  « doctrinaire ». Cette ouverture a pu brouiller progressivement l’identité du CRAL, elle en a cependant fait aussi la force : il n’y a jamais eu de fixation autour d’une orthodoxie, et le Centre a toujours été perméable aux évolutions nouvelles qui se faisaient jour dans la communauté scientifique.         

  

Dès sa création, le CRAL s’est donné pour programme non seulement l’étude des arts et de la littérature en tant qu’objets sémiotiques particuliers – mais aussi l’étude de leurs ancrages culturels et sociaux, de leurs contextes et de leurs implications dans la sphère symbolique, esthétique, artistique, de l’activité humaine ; il était clair qu’histoire et théorie ne pouvaient être séparées. Des approches philosophiques, sociologiques, anthropologiques et historiques ont donc été mises en œuvre. Les objectifs essentiels du CRAL annoncés aujourd’hui prennent leur source dans le texte programmatique du premier rapport d’activités du Centre rédigé en 1985 :    

« L’étude des arts et de la littérature est considérée comme une voie d’accès privilégiée à l’analyse des pratiques symboliques et interprétatives, caractéristiques des sociétés humaines. Nous nous proposons d’étudier non seulement les faits artistiques et littéraires dans leurs structures propres, mais aussi les processus de leur production et de leur réception dans leur intégralité, depuis les matériaux qu’ils mettent en œuvre, depuis les motivations psychiques qui président à leur création, jusqu’à leurs ultimes conséquences politiques et éthiques. Ces recherches impliquent le refus de la séparation – commune mais néfaste – entre histoire et théorie… »

    

 Ce texte fondateur sera ensuite repris, légèrement modifié, puis remodelé et développé, jusqu’à son état actuel, tel qu’il apparaît aujourd’hui sur le site du Centre :          

 « Les recherches menées au sein du CRAL poursuivent trois visées principales :

- Étudier les arts dans la multiplicité de leurs formes et de leurs statuts, ainsi que dans la diversité de leurs ancrages culturels, historiques et sociaux.

- Élaborer des outils méthodologiques et des hypothèses théoriques pour une meilleure compréhension de la relation esthétique et des pratiques artistiques au regard de leur double inscription dans la vie en société des êtres humains et dans la fabrique cognitive et émotive des individus.

- Développer des projets pluridisciplinaires combinant l'étude historique des œuvres et des formes d’art avec des interrogations théoriques relevant de l'esthétique, de la philosophie et des sciences sociales (histoire, sociologie, anthropologie…). »   

   

Le CRAL va rapidement se développer et gagner en renommée sous les directions successives de Tzvetan Todorov, Louis Marin, Raymond Bellour, François Flahault, Jean-Marie Schaeffer, et  aujourd’hui Esteban Buch. Le nombre des ses membres va doubler en dix ans, passant d’une vingtaine à plus de quarante, dont beaucoup de prestigieux ou de très reconnus dans leur domaine. Citons seulement, pour mémoire, quelques noms ne figurant plus sur la liste actuelle des membres : Daniel Arasse, Martine Broda, Michel Charles, Hubert Damisch, Françoise Escal, Luce Irigaray, François Jost, Rainer Rochlitz, Jacques Roubaud ; quelques-uns ont quitté le CRAL, quelques autres nous ont quittés tout court.

Historiens et théoriciens de la littérature, de l’art et de l’esthétique, chercheurs dans les domaines de la peinture, de la musique, de la photo, du cinéma, philosophes, linguistes, sociologues, anthropologues et mêmes scientifiques « durs », viennent rejoindre le CRAL.  

   

D’abord conçu surtout comme une somme d’individus poursuivant leurs recherches propres  dans une certaine communauté d’esprit, le Centre va regrouper progressivement les chercheurs dans des activités communes plus synergiques. Il va se structurer de plus en plus fortement en équipes de recherches thématiques ou transversales, qui vont varier au fil des années, en fonction de l’évolution de leurs objets, de leurs approches, de leurs méthodes.  

Le  CRAL va d’autre part se renforcer en s’associant avec des groupements de recherche de l’EHESS, qui gardent leur identité propre au sein des recherches collectives de l’unité : le  Centre de recherches sur l’Europe, dirigé par Yves Hersant, l’Équipe Fonctions Imaginaires et Sociales des Arts et des Littératures (EFISAL), dirigée par Jacques Leenhardt, et plus récemment, en 2006, le Centre d’Histoire et Théorie des Arts (CEHTA), dirigé par Giovani Careri – Centre avec lequel le CRAL était depuis longtemps lié et partageait l’affiliation de plusieurs membres. Ces nouveaux apports ont bien sûr joué un rôle important dans le développement des recherches disciplinaires et interdisciplinaires de notre Centre.

Il faut souligner que l’originalité du CRAL réside tout particulièrement dans le fait que les travaux qui y sont menés relèvent à la fois de l’interdisciplinarité et du pluralisme méthodologique. Interdisciplinarité non seulement interne aux SHS mais également en rapport avec des disciplines externes, favorisée par le caractère pluriel des orientations des chercheurs du Centre.

    

Au cours des années, de nombreux partenariats nationaux et internationaux ont été mis en œuvre avec d’autres centres et  universités  – dont un certain nombre de membres ont été associés au CRAL; des chercheurs du CRAL ont de leur côté été détachés dans des institutions étrangères. De nombreux colloques   internationaux ont été organisés, de grandes opérations de recherche inter-centres et internationales ont été menées : Création du GDR « Fiction » ; Projet ACI « L’histoire littéraire des écrivains » ; GDRI « Anthropologie et histoire des arts» avec le musée du quai Branly ; ANR « Concepts-clés dans l’âge de la mondialisation », « Arts et artistes universels ».    

Le CRAL est devenu, par ses coopérations, ses publications, ses échanges et son rayonnement un centre de recherches international reconnu comme tel.   

Il a poursuivi d’autre part à l’Ecole des hautes études une importante activité d’enseignement, avec ses propres séminaires  – dont  « L’art et l’esthétique en questions », « Narratologies contemporaines », « Pour une épistémologie du littéraire » – et ses propres formations au niveau doctoral, puis au niveau du Master, en accordant au sein de l’unité une place de plus en plus active à ses nombreux doctorants et post-doctorants : formations doctorales « Sciences du langage » et « Musique, Histoire, Société » de l’École Doctorale de l’EHESS ; spécialités « Arts et Langage » et « Musique » de la mention Théories et pratiques du langage et des arts du Master de l’EHESS.  

  

Pour reprendre le déroulement du fil de son histoire, le CRAL a connu deux grandes articulations – au début des années 1990, puis des années 2000 –, deux étapes de reformulation, de renouvellement, de réorientation,  qui correspondaient à la fois à des étapes nécessaires de son propre développement et aux évolutions du champ épistémique.   

    

Dans la première moitié des années 90, sous la direction de Raymond Bellour, les équipes de recherche ont été renouvelées et réduites à cinq thèmes : « Théorie esthétique », « Logiques narratives et poétiques », « Textes, cultures et idéologies », « Pensée de l’image », « Interaction des arts ».

De nouvelles orientations et perspectives ont été posées et mises en œuvre :

- Des approches plus orientées autour de la  théorie esthétique en tant que telle, autour de la crise du modernisme, des institutions artistiques, des redéfinitions de l’œuvre d’art.

- Une orientation plus nette vers des analyses portées par des visées idéologiques, anthropologiques et politiques, à partir de diverses pratiques de discours.

- Une attention plus soutenue aux dimensions sociales des œuvres d’art et de pensée.  

- Le développement des recherches sur les rapports inter-arts et image-langage.

- Des études comparatives entre les œuvres et les arts de l’Occident et de l’Orient, notamment le Moyen-Orient et la Chine.

     

François Flahault a poursuivi et renforcé durant quatre ans ce renouvellement des perspectives, notamment en mettant en place trois séminaires collectifs et trois opérations de recherche : « Penser, raconter », « Arts et expérience esthétique : cadres cognitifs, catégorisations et classifications », « Interactions entre couleur et musique ». Le CRAL a acquis sous sa direction, en 2001, le statut d’Unité mixte de recherche (UMR), après avoir eu celui d’Unité de recherche associée (URA).  

     

Jean-Marie Schaeffer, directeur pendant plus de huit ans, a ensuite instauré, à partir de 2002, des restructurations et donné de nouvelles impulsions. Voulant les resituer dans l’histoire intellectuelle du CRAL, il a rédigé en 2003 des pages qui lui sont consacrées, et qui sont toujours actuelles ;  en voici des extraits :     

« Comme il existe depuis bientôt 20 ans, le CRAL évolue bien entendu aujourd’hui dans un contexte cognitif qui n’est plus celui de sa fondation. Cette constatation est en elle-même banale et vaut pour toute équipe ayant une longévité du même ordre. Elle prend cependant une résonance particulière dans le cas de notre Centre, précisément parce que son identité collective a été liée à ce qui il y a 20 ans constituait (encore) un paradigme dominant. Or, les années 80 et 90, donc les années qui coïncident avec l’histoire même de notre Centre, ont été caractérisées par l’affaiblissement et la disparition de celui-ci dans la conscience commune de la communauté savante.

Le “ structuralisme ” a été ainsi critiqué tour à tour au nom de l’irréductibilité de l’historicité (…), pour sa conception formelle des faits culturels, pour sa lecture internaliste méconnaissant la nature socialement enchâssée des faits culturels, etc. Valables au niveau de la doxa structuraliste qui s’était cristallisée peu à peu dans certains secteurs de l’université, ces critiques étaient loin d’être toujours valables pour les travaux les plus importants, dont font partie ceux menés par les “ structuralistes ” du CRAL.

Cela vaut notamment pour la question de l’historicité, et plus précisément pour celle des rapports entre les constantes dégagées par l’analyse structurelle et l’évolution historique (…). Sur ce point, certains “ pères fondateurs ” du CRAL ont évolué vers des positions s’éloignant plus ou moins fortement de leurs conceptions des années soixante et soixante-dix, voire en prenant le contre-pied. Cela signifie que le CRAL dispose bien des atouts nécessaires pour entreprendre une réévaluation interne de la validité de son propre paradigme collectif (…).  C’est précisément le fait d’avoir été un Centre fortement lié au paradigme sémiotique et structuraliste qui doit permettre au CRAL de (re)trouver une identité forte et de développer des démarches innovatrices pour l’analyse des faits culturels.(…) Il apparaît ainsi que dans bien des domaines, l’actualité des travaux “ structuralistes ” reste encore entière : ceci vaut, par exemple, pour l’analyse du récit (narratologie formelle et thématique),  pour la sémiotique des langages visuels, etc. Le recentrage du projet cognitif du Centre  passe  donc par ce travail de réévaluation.(…) Il s’agit de voir dans quelle mesure, fût-ce avec des prémisses méthodologiques différentes, les questions ouvertes par le paradigme sémiotico-structuraliste restent pertinentes dans le cadre cognitif actuel. »    

    

À partir de 2002 le CRAL s’est donc engagé dans une réorientation profonde de son programme scientifique, réorientation qui visait à lui faire retrouver, dans le contexte scientifique d'aujourd'hui, ce qui avait fait la force de l'unité à l'époque dite « structuraliste », c'est-à-dire l'existence d'une réelle interdisciplinarité entre l'étude des arts et les sciences sociales et humaines, y compris la philosophie. Il s’agissait d’autre part de prendre en compte la tension bipolaire, dans ces champs, entre le constructivisme historique et le naturalisme, généralement d’inspiration cognitiviste – tension qui est l’enjeu d’une question de fond, celle de la relation entre les constantes anthropologiques et l’historicité constitutive des pratiques culturelles. Pour sortir de cette opposition en évitant les positions extrêmes, il est devenu indispensable de travailler à l’interface des deux approches afin de progresser dans la connaissance des faits culturels et plus spécifiquement des faits artistiques.    

À cette fin, ont été constituées deux équipes transversales se donnant des objets d’étude propres à cette perspective : l’équipe « Représentation, Récit, Fiction » (analyse formelle du récit ; aspects artistiques, cognitifs et philosophiques de la fiction) et l’équipe « Arts et esthétique : cadres mentaux et sociaux, fonctions, constantes anthropologiques et variabilité historique » (la relecture des avant-gardes ; les arts chinois et l’esthétique occidentale ; la question de la mondialisation des arts ; culture et systèmes sociaux). Les trois autres équipes – « Images et arts plastiques », « Musiques », « Textes et littératures » – ont interagi avec les deux premières, tout en se concentrant sur leurs objets et en prenant en compte le caractère historique de la constitution de ces objets.

    

C’est dans cette nouvelle perspective que le CRAL a poursuivi et multiplié ses recherches, en accroissant encore la visibilité de ses travaux, en développant plus avant ses collaborations, en menant de front plusieurs projets ANR  – jusqu’à ses renouvellements récents et à venir.

 

                                                                                       Christophe Potocki

 

 

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