Doctorants

Bertrand Madeline

Doctorant
Institution(s) de rattachement : EHESS
Laboratoire(s) de rattachement : CRAL

Coordonnées professionnelles

bertrand.madeline@ehess.fr

EHESS – CRAL

 

Bertrand Madeline est doctorant et a été ATER à l’EHESS, sous la direction de Monsieur Yves Hersant. Après avoir réalisé un mémoire de Master 2, sur la question du débord de la ruine dans les vedute piranésiennes, une poétique des lisières, il se consacre à présent au problème des images qui semblent vivantes à la Renaissance et aux questions du débordement et de l’effacement des limites, de la transgression des frontières esthétiques : « La fascination repose sur deux mots : bordure et débordement » écrit Pascal Quignard dans Vie secrète. Cette enquête – dont il faut saisir l’épaisseur anthropologique – se trouve au carrefour de diverses interrogations : les scénarios de l’infraction même de la représentation ; la rêverie autour de l’indicialisation de l’icône, c’est-à-dire comme l’écrit Daniel Bougnoux dans son article intitulé L’efficacité iconique ; l’«‘‘incarnat’’ de la toile perçue comme une extension de la peau » ; le « pouvoir de Pygmalion » ; la survivance à la Renaissance du thème du simulacro spirante et parlante d’un Callistrate ; la question de l’ekphrasis amoureuse et du régime encomiastique du discours sur l’art ; et surtout de la ressemblance analogique de l’art et du vivant.

 

 

Sujet et directeur de thèse  

 

Le topos des images qui semblent vivantes à la Renaissance 

(sous la direction de Monsieur Yves Hersant)

 

 

L’objet de cette thèse est de mettre en évidence le caractère fondamental non seulement du problème du mouvement des images fixes à la Renaissance, mais aussi, de manière plus générale, de celui de l’animation et du vivant de l'image et dans l'image. Pour le dire autrement, il s’agit de prendre au sérieux la question, chère à la Renaissance, de « l’image qui semble vivante » : que dit-on au juste en prétendant qu’une statue ou une figure peinte est dotée de mouvement ou paraît animée ? Lorsque Lodovico Dolce, à propos d’une œuvre du Titien, la décrit comme étant « de véritable chair et non de peinture », est-ce une banale métaphore ? Quelles techniques sont censées servir ce genre de factura ? Telles sont, parmi d'autres, les questions auxquelles nous tentons d’apporter des éléments de réponses.


Prendre au sérieux la question, chère à la Renaissance, de « l’image qui semble vivante » implique que nous abordions d’abord celle-ci en tant que topos littéraire. Dire que les images qui semblent vivantes à la Renaissance constituent un véritable topos, récurrent au sein des formations discursives, c’est par voie de conséquence prendre en compte le régime encomiastique du discours sur l’art ; c’est nécessairement envisager attentivement ce que ce topos doit à l’exercice de l’ekphrasis, à l’usage catachrétique du langage ou des mots, à la rhétorique du discours d’éloge. Comme le dirait sans doute Michel Foucault, il faut « faire le tour non seulement de ces discours, mais de la volonté qui les porte et de l’intention stratégique qui les soutient »[1]. On ne réfléchit pas sur le problème des images vivantes dans le champ de l’art à la Renaissance sans passer par un questionnement sur l’économie générale des discours sur les productions et l’activité artistique de cette époque. Des approches lexicographiques comme celle du vocabulaire vasarien des Vite, dans son sens à la fois technique et appréciatif, sont ici nécessaires.

Réfléchir sur le problème de l’image animée c’est aussi, d'autre part, bien distinguer ce qui sépare le topos littéraire de son équivalent artistique, pictural et sculptural, voire textuel. En effet, nous ne pensons pas que le topos des images qui semblent vivantes à la Renaissance soit réductible à une fiction littéraire et théorique ne correspondant à aucune expérience visuelle réelle, vérifiable à la surface même des œuvres et dans l'expérience du spectateur. Car si cette illusion de vie est une fiction littéraire et théorique qui ne correspond à aucune expérience réelle, que dire alors du sfumato de Léonard de Vinci qui contribue à ne pas fixer l’image, comme le fait une délinéation des corps trop apparente, mais qui en enfumant les bords des figures contribue à faire surgir le motif vers le regardeur, à ne pas fixer le représenté, et à rendre incertaine la séparation ontologique entre l’espace du spectateur et l’espace de la représentation ? Que dire encore des techniques et des moyens artistiques qui donnent lieu à ce que l’on a appelé un « naturalisme intégral» (A. Parronchi) dans le champ des arts figuratifs, ou du moins qui sont les vecteurs d’un « effet de réel » ou d’un effet de vie allant jusqu’à brouiller les frontières entre la chose et sa représentation ?

Comme l’écrit Victor Stoichita dans son ouvrage L’effet Pygmalion : « À la renaissance, sur la voie tracée par les anciens mythes mimétiques de l’Antiquité, une œuvre, mise à part sa beauté, se distingue par son aptitude à rendre l’illusion de vie : palpitation de la chair, respiration du corps, et, exceptionnellement, battements du pouls. Une obsession pygmalionienne semble  ainsi fonder la première histoire de l’art des Temps modernes. »[2]

Après avoir analysé ce qui sépare le topos littéraire de son équivalent artistique, nous nous penchons sur le lien étroit qui, dans cette problématique des images dites quasi vivantes, se noue entre le texte et l’image, entre l’exercice de l’ekphrasis et la perception de l’image qui semble animée ou presque vivante. Pour certains, ce sont les mots qui animent la représentation, qu’elle soit peinte ou sculptée. Winckelmann défendra en quelque sorte cette conception de la description mettant en jeu la question du spectateur en pygmalion. Dans cette optique l’image vivante n’advient ici que par les mots du regard descripteur. Dans les Vite de Giorgio Vasari, bien plus tôt, il y a un recours à l’ekphrasis et une conception selon laquelle l’écrit prime l’image, une pensée selon laquelle la description amoureuse donne vie à l’image qui demeure inerte.

Mais nous n’en restons pas là, nous abordons aussi un autre rapport entre texte et image à la Renaissance via une réflexion sur la poétique de la « vive représentation » qui concerne exclusivement le champ textuel. Des ekphraseis peuvent très bien n’avoir, on le sait, aucun référent réel ou empirique, mais au contraire purement imaginaire, en somme inexistant sinon à travers les mots eux-mêmes comme chez Philostrate et Callistrate. L’existence  des tableaux, écrit Jackie Pigeaud n’est pas la question qui convient à notre Philostrate[3]. Ainsi, il faut bien étudier le pouvoir des mots à féconder des images, à mettre sous les yeux du lecteur et à transformer ce dernier en spectateur, il faut se pencher sur le problème de la graphiké enargeia, comme le disent les humanistes, et sur la question de l’hypotypose. Quel type de dispositif énonciatif est par exemple susceptible de donner lieu à ce que nous pouvons appeler une image textuelle vivante ? Qu’est-ce qu’un simulacre textuel vivant ? L’Éloge de la folie d’Érasme sera analysé dans cette perspective, celle d’une triade capable d’animer l’écrit et d’atteindre le rêve d’un écrit-oral : personnification, prosopopée et auto-allégorisation animée au sein des mots. L’ouvrage composé par Jean de Vauzelles intitulé Les Simulachres et Historiées Faces de la Mort ou Danse des morts, illustré de gravures réalisées par Hans Lützelburger en 1538, sera également analysé sous cet angle du rapport entre texte et image, car l’association de ces deux pôles crée une situation singulière où le lecteur fait parler la mort en lisant le quatrain placé sous l’image ce qui donne vie à celle-ci.

Le topos des « images qui semblent vivantes » à la Renaissance s’envisage autant à l’aune de la doctrine horatienne de l’Ut pictura poesis qu’au sein de la querelle du paragone, la comparaison compétitive entre les arts qui agite les milieux artistiques et humanistes entre le XVe et le XVIe siècle et au-delà.

Nous étudions enfin le rapport plus complexe ou la parenté et l’affinité analogique entre l’art et le vivant. Pourquoi les renaissants comparent-ils la réalisation d’une œuvre d’art à la procréation biologique ? Pourquoi la mise au monde d’un enfant par sa mère est-elle perçue comme l’équivalent de la confection ou de la réalisation d’une œuvre d’art ? Pourquoi la mimesis est-elle pensée à la Renaissance non pas comme une façon de copier un résultat mais comme une manière d’entrer ou de pénétrer dans l’identité d’une genèse[4] ? Une enquête sur le topos des images qui semblent vivantes à la Renaissance ne se sépare pas de ce type de questionnements.



[1] Michel Foucault, Histoire de la sexualité 1, Paris, Tel Gallimard, 2010, p. 16.

[2] Victor Stoichita, L’Effet Pygmalion, DROZ, 2008, p. 89.

[3] Jackie Pigeaud, Les Loges de Philostrate, Paris, Les Belles Lettres, 2012, p. 104.

[4] Gilbert Romeyer Dherbey, Les choses mêmes, la pensée du réel chez Aristote, L'Age d'homme, 1983, p. 179.

 

--------------------------------------------

 

Cursus universitaire

 

2016-2017  Chargé de TD en Licence 2 sur le Quattrocento italien à l'Université Lyon 3 Jean Moulin (80h).

 

Juillet 2015   Bourse "Aires culturelles" de l'EHESS. Séjour d'un mois en Italie dans la résidence de l'École française de Rome située Piazza Navona. Recherche sur la question des opérateurs d'animation, sur les effets de "présence réelle" dans les grands décors peints de la Renaissance et notamment dans le régime d'iconicité des registres décoratifs et ornementaux.

 

2014-2015  ATER à l'EHESS Arts et langages. Enseignements : Mouvement des images fixes et topos de l'image animée, de la Renaissance à l'Age classique (64h).

 

2013-2014  ATER à l'EHESS Arts et langages. Enseignements : Rencontres et différenciations entre les arts, de la Renaissance au XXe siècle (64h).

 

2012-2013  Doctorant EHESS.

 

2011-2012   Doctorant EHESS.

 

2010-2011   Doctorant EHESS.

 

2009-2010  Thèse de doctorat. Centre Arts et langages, EHESS.

 

2008-2009  Master 2 EHESS. Le débord de la ruine dans les vedute piranésiennes. Une poétique des lisières. Directeur : Yves Hersant

 

2007-2008 Préparation au concours de recrutement des professeurs agrégés. Arts Plastiques

 

2006-2007 Préparation au concours de recrutement des professeurs agrégés. Arts Plastiques

 

2005-2006   Maîtrise. Arts Plastiques. Université de Lille 3.

 

 

Enseignements

 

 

2016-2017 : Chargé de TD en Licence 2 sur le Quattrocento italien à l'Université Lyon 3 Jean Moulin (80h).

 

2014-2015 : ATER EHESS. Arts et langages. Enseignements : Mouvement des images fixes et topos de l'image animée, de la Renaissance à l'Age classique (64h).

 http://enseignements-2014.ehess.fr/2014/ue/1347/

 

2013-2014  : Attaché temporaire d'enseignement et de recherche (ATER) à l'EHESS. Arts et langages. Enseignements :  Rencontres et différenciations entre les arts, de la Renaissance au XXe siècle (64h).

  http://enseignements-2013.ehess.fr/2013/ue/1268/

 

2012-2013 : Chargé de cours à l'Université Lille 3. Département Arts et Culture. Licence 1. Cours magistraux. Théorie(s)s des arts. "Les arts quand ils se rencontrent" (18h).

 

2011-2012 : Chargé de cours à l’Université Lille 3. Préparation à l’Agrégation externe d' Arts Plastiques. Département des Arts Plastiques. Programme d’histoire de l’art : « Peinture et narration de Duccio à Delacroix » (9h).

 

2011-2012 : Chargé de cours en Licence 1 à l’Université Lille 3. Cours magistraux. Département Arts et Culture. Théorie(s) des arts. « Les arts quand ils se rencontrent » (9h).

 

2010 : du 1er avril au 30 avril, Contrat d'engagement d'un agent contractuel à durée déterminé à l'EHESS, sous la direction de Monsieur Jean-Marie Schaeffer. Recherche en bibliothèque et documentation sur la gravure à l'époque moderne avec Yves Hersant (35 heures).

 

Organisation Journées d'études

 

Organisation, avec Abslem Azraibi (EHESS-CEHTA) et Florian Métral (Paris 1- HicSA), de deux journées d'études internationales intitulées "Un Michel-Ange, des Sixtines ? L'histoire de l'art à l'épreuve de la voûte de la chapelle Sixtine". Institut national d'histoire de l'art (INHA, salle Vasari) le 9 et 10 novembre 2015.

Lien :    http://actualites.ehess.fr/nouvelle6788.html

 

Communications

 

10 novembre 2015 :  Intervention dans le cadre des Journées d'études internationales intitulées "Un Michel-Ange, des Sixtines ? L'histoire de l'art à l'épreuve de la voûte de la chapelle Sixtine" à l'Institut national d'histoire de l'art de Paris. Contribution intitulée : "Une Sixtine en mouvement".

 

20 mars 2015 : Intervention à l'École normale supérieure (ENS). Séminaire Polysémie. Désordres. Contribution intitulée : "Notes sur le désordre dans la peinture de la Renaissance et du début de l'âge classique"

 

31 janvier 2015 : Intervention dans le cadre des Quatrièmes rencontres de la Galerie Colbert (INHA) Autour des Esclaves de Michel-Ange. Terribilità, inachèvement, espace. Contribution intitulée : "Non finito, carnosità, vivacità : figures de l'émergence à fleur de pierre"

 

15 mars 2014 : Intervention dans le cadre de la journée d'étude Singes et singeries à la Renaissance organisée à Chantilly par L'Atelier du XVIe siècle. Contribution intitulée : "L'ars simia naturae à la Renaissance : réflexions sur l'imitation"

 

14 février 2014 : Intervention à l'École normale supérieure (ENS) Séminaire Polysémie. L'image à la Renaissance et au premier XVIIe siècle. Contribution intitulée : "Pour une iconographie amoureuse : mise en perspective des Essais d'iconologie d'Erwin Panofsky (1939) et de Le sujet dans le tableau : essais d'iconographie analytique de Daniel Arasse (1997)"

 

10 mars 2011 : Participation au séminaire d’Irène Salas Renaissance et cinéma à l’EHESS, Intervention intitulée : « Narration, historia albertienne et transgressions de peinture ».

 

27 mai 2010 : Participation à la journée d’études organisée par les intervenants du séminaire de Danièle Cohn « Réalité, forme, vérité ». Intervention : « Le pouvoir de Pygmalion ».

 

Mars 2010 : Intervention (exposé) dans le cadre du séminaire d’Irène Salas à l’EHESS Méthodologie du texte et de l’image. Initiation à la problématique du texte et de l’image à la Renaissance. Intervention intitulée : « Image et texte dans les vedute de Giovanni Battista Piranesi »

 

Décembre 2009 : Intervention (exposé) dans le cadre du séminaire de Brigitte Derlon et Monique Jeudy-Ballini à l’EHESS L’ambivalence des objets. L’original et la reproduction. Intervention intitulée :  « L’original et la reproduction dans les gravures de Giovanni Battista Piranesi ».

 

Octobre 2008 : Participation au colloque « La surface : accidents et altérations », 10-11 octobre 2008 à l’Université de Savoie, Chambéry, organisé par Maryline Maigron et Marie-Odile Salati. Titre de l’intervention : « Devant les ruines : Piranèse, lisières et effets de surface ».

 

 

Publications

 

Articles

 

·  « Devant les ruines : Piranèse, lisières et effets de surface », in La Surface : accidents et altérations, volume 3, Écriture et représentation, Éditions de l'université de Savoie, 2010, pp 71-87.

·  « Piranèse ou la gravure saisie à sa source », Revue Ligeia, Dossier sur l’art, Poétique du chantier, XXIIIe Année, n° 101-102-103-104, juillet-décembre 2010.

·  « Mouvements des images fixes et topos de l'image animée à la Renaissance », in Renaissance et cinéma, Actes du colloque organisé par Harvard et l'EHESS (Tom Conley, Irène Salas et Yves Hersant), le 10, 11, 12 novembre 2011, à paraître aux éditions Classiques Garnier.

·  "L'ars simia naturae à la Renaissance : réflexions sur l'imitation", Actes de la Journée d'étude organisé à Chantilly par L'Atelier du XVIe siècle, à paraître aux éditions Classiques Garnier.

 

Ouvrage à paraître

 

·  En collaboration avec Irène Salas : « La coupure du couteau et la caresse du pinceau. Enquête sur les peaux chez Léonard de Vinci », à paraître.

 

éditer ma fiche
EHESS
CNRS

flux rss  Actualités

Meinongiana : jugement, supposition et assomption selon Meinong

Séance spéciale de séminaire - Mardi 28 mars 2017 - 13:00Le philosophe autrichien Alexius von Meinong (1853-1920) est l’une des figures les plus importantes de la phénoménologie réaliste des disciples de Brentano et de Husserl. Il est surtout connu pour son ontologie des objets et la critique qu (...)(...)

Lire la suite

Journée d'études "Savoirs du théâtre : Histoire d’un dispositif"

Appel à communication - Dimanche 30 avril 2017 - 14:15Journée d'étude organisée par Frédérique Aït-Touati (CRAL, EHESS/CNRS) et Alexeï Evstratov (Dahlem Humanities Centre, Freie Universität Berlin) le 23 juin 2017 à l'EHESS.Argumentaire et thématiques :Le théâtre s’affirme depuis longtemps comme (...)(...)

Lire la suite

Entre fictionnel, virtuel et documentaire : narratologies en confrontation

Séance spéciale de séminaire - Mardi 21 mars 2017 - 15:00 Séance organisée dans le cadre du séminaire « Recherches contemporaines en narratologie : Entre fictionnel, virtuel et documentaire : narratologies en confrontation » proposé par :Olivier Caïra, maître de conférences à l'IUT d'ÉvryClaude (...)(...)

Lire la suite

Plus d'actualités

CRAL
96, bd Raspail - 75006 Paris
Tél. : +33 (0)1 53 63 56 23
Fax : +33 (0)1 53 63 56 21
cral@ehess.fr