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Paul Carbonnier

Doctorant.e

Paul Carbonnier est doctorant au CRAL sous la direction du philosophe Jean-Marie Schaeffer, directeur d'études à l'EHESS, directeur de recherches au CNRS, et de l'historien Georges Vigarello, directeur d'études à l'EHESS, docteur honoris causa.

 

Thèse : "L'expérience muséale : perspective historique et philosophique".

 

La thèse cherche à comprendre dans une perspective historique et philosophique l’expérience esthétique au musée, par l’étude des usages sociaux du Louvre, de la Révolution française à la seconde Restauration.

 

J’ai commencé ma thèse sur un étonnement sur ce qu’est le musée. Ce lieu m’étonne car il s’agit d’un espace de promenade garanti par un cadrage institutionnel. Cet espace contraignant ouvre sur une expérience esthétique, une des activités attentionnelles les plus libres et plaisantes que l’être humain puisse vivre. On peut difficilement désigner à l’espace muséal une utilité immédiate, dont on pourrait calculer le gain économique ou social immédiat, et, pourtant, celui-ci occupe une place centrale dans la cité. L’exemple du Louvre est quasiment archétypal. Au sein d’un État aussi historiquement centralisé que la France, il est le palais central de la capitale de cet État. Et il s’agit d’un musée ! De cet étonnement initial provient un certain nombre de questions. Comment cela fut-il possible ? Que cela révèle-t-il de notre société ? Y a-t-il une expérience typiquement muséale ? Ces interrogations m’ont amené à chercher l’approche théorique qui correspondait le mieux à mon sujet.

 

Une "expérience muséale" historique et sociale

J’ai découvert que ce sujet correspondait aux questionnements de l’esthétique philosophique ancrés dans une démarche empirique. Le sujet pose donc des questions philosophiques abstraites et générales qu’il s’agit de croiser avec la méthodologie d’une autre science sociale. C’est ainsi que l’histoire comme discipline m’est progressivement apparue pertinente et fructueuse. La question du temps, fort présente au musée, dans sa tentative de le saisir, fait le pont entre philosophie et histoire, qui depuis toujours lui accordent une profonde préoccupation. Si l’on considère l’expérience muséale comme située socialement, on en vient à penser sa temporalité comme multiple, l’expérience muséale pouvant potentiellement retentir sur les autres expériences de la vie commune, et être affectée par ces autres expériences. Par ailleurs, la question du devenir se complexifie par la question de l’historicité. L’expérience muséale serait ainsi structurée historiquement.

 

Le Louvre comme terrain d’enquête historique

De ce point de vue, le choix du Louvre, comme lieu d’enquête historique, a répondu à la volonté, après la consultation de textes d’écrivains et d’auteurs sur le Louvre, d’ouvrir l’analyse à un corps social plus large. Pour ce faire, je me suis décidé à consulter les divers courriers archivés dans les séries de correspondances du Louvre depuis son ouverture en tant que musée en 1793. Dans un premier temps, j’ai choisi comme séries d’archives la correspondance de la direction générale, celles des départements de conservation, des Salons, avec les artistes, avec les copistes, de l’atelier de chalcographie, du laboratoire de recherche, de l’atelier de restauration, de la sécurité. Le critère premier de sélection des lettres résidait dans la mention des publics. Les autres critères correspondaient aux informations sur le contexte, comme les mouvements d’œuvres, les rapports aux autres institutions, les expériences vécues des artistes, des conservateurs, des gardiens et autres acteurs, les changements politiques, tout ce qui relève des conditions et des contextes de visites. Je visais l’étude d’un réseau d’informations tissant une trame sociale dans laquelle s’inscrit l’expérience du musée.

 

Spécifier l’enquête sur les usages sociaux du Louvre, fin XVIIIe – début XIXe siècle

J’ai commencé par consulter spécifiquement la série d’archives de la correspondance de la direction du musée. J’ai vu à quel point la manière de nommer les publics change. L’activité des acteurs évolue, que ce soit celle des artistes, des publics, des administrateurs, des ouvriers ou des gardiens. Mais ce travail gigantesque, avec l’ambition d’aller jusqu’au milieu du XXe siècle, était aussi trop restrictif, son ampleur m’empêchant de le croiser avec d’autres fonds d’archives. J’ai pensé retenir une nouvelle périodicité qui va de la Révolution française aux années 1830, voire 1848. Le Louvre regroupe alors le musée dans la Grande Galerie, le Salon des artistes vivants dans le Salon carré, et le pouvoir politique aux Tuileries. Cette cohérence est située dans le temps, car le Salon déménage hors du Louvre en 1848, le palais des Tuileries est incendié en 1871. L’analyse des interactions de ces différentes fonctions au sein d’un même lieu public et institutionnel ouvre la réflexion sur la modernité, la subjectivité, le rapport à l’État-Nation, son administration, la figure de l’artiste, la sensibilité, et notamment la sensibilité esthétique. Je vais maintenant élargir mes sources aux archives privées, aux autres sources administratives, aux autres fonds de personnalités importantes pour le Louvre, à la presse écrite, à la littérature. De nouveaux pôles d’analyse apparaissent aux côtés de l’histoire politique et institutionnelle, comme l’histoire des idées et celle du goût. Le questionnement de la thèse se précise, pour se centrer sur les usages sociaux du musée, dans leur variété et leur complexité. Un sujet passionnant, qui progresse par ses réajustements, et qui permet d’apprécier avec plus de finesse le plaisir de se retrouver à chaque fois au Louvre.

 

 

Communications scientifiques :

15 février 2022 : "Les interactions entre les musées du Louvre et de Versailles, de 1796 à 1802 : rapports institutionnels, répartition des œuvres, enjeux historiographiques".

Communication scientifique au musée du Louvre, dans le cadre de l'Atelier doctoral 2021-2022 "Représenter l'histoire au musée. Trajectoire commune et divergences entre le musée du Louvre et le château de Versailles - XIXe-XXIe siècles" du Centre Dominique-Vivant Denon (musée du Louvre, avec le concours du service Histoire du Louvre), de l'École du Louvre et du Centre de recherche du château de Versailles.

Discutant : Jean-Marie Schaeffer, philosophe, directeur d'études à l'EHESS, directeur de recherches au CNRS.

Ordre du jour avec résumé de la communication : https://www.ecoledulouvre.fr/sites/default/files/pdf/ssdossier5/Atelier%203ecycle15fev2022.pdf?fbclid=IwAR0RCeYDs7OfHDlXE1lwGxu6YzgEGoBtUtsOp9H9ELnxK0hVXaUt5m3y7cI

 

23 mars 2021 : "Au Louvre, les récits de l'an II à l'an IV".
Communication scientifique au musée du Louvre, dans le cadre de l'Atelier doctoral 2020-2021 "Récit(s) de vie au musée" du Centre Dominique-Vivant Denon (musée du Louvre) et de l'École du Louvre.
Discutant : Jean-Marie Schaeffer, philosophe, directeur d'études à l'EHESS, directeur de recherches au CNRS.

Ordre du jour avec résumé de la communication : https://www.ecoledulouvre.fr/sites/default/files/pdf/ssdossier5/Atelier3ecycle_23mars2021.pdf

 

18 décembre 2020 : "Conceptualiser l'expérience muséale".
Communication scientifique au musée du Louvre, dans le cadre de l'Atelier doctoral 2019-2020 "L'expérience du visiteur au musée" du Centre Dominique-Vivant Denon  (musée du Louvre) et de l'École du Louvre.

 

Participation à l’organisation d’événements scientifiques :

17 mai 2022 : Invitation de Georges Vigarello, historien, directeur d'études à l'EHESS, docteur honoris causa, à l'Atelier doctoral 2021-2022 "Représenter l’histoire au musée" du Centre Dominique-Vivant Denon (musée du Louvre, avec le concours du service Histoire du Louvre), de l’École du Louvre et du Centre de recherche du château de Versailles.
La communication de Georges Vigarello a permis d’analyser la spécificité d’exposer l’histoire des émotions au musée, à l’exemple de son commissariat de l’exposition "Le Théâtre des émotions" au musée Marmottan Monet.

Programme avec résumé de la communication de Georges Vigarello : https://chateauversailles-recherche.fr/IMG/pdf/programme_du_seminaire_louvre_-_crcv_decembre_2021_-_juin_2022_.pdf

 

Diffusion de la recherche :

Mars 2022 : Communication scientifique référencée dans le carnet du Centre de recherche du château de Versailles, article de Bastien Coulon, chargé de recherche au CRCV, publié le 10 mars 2022 : https://crcv.hypotheses.org/10810

 

Novembre 2021 : "Raconte-moi ta thèse #4 : Les usages sociaux du Louvre, fin XVIIIe - début XIXe siècle".

Article mis en ligne le 23 novembre 2021 par Audrey Rouy sur le site EHESS Alumni : https://alumni-ehess.fr/article/raconte-moi-ta-these-4-les-usages-sociaux-du-louvre-fin-xviiie-debut-xixe-siecle-par-paul-carbonnier/23/11/2021/149

 

Juin 2021 : Thèse référencée dans le hors-série Recherche de Grande Galerie. Le Journal du Louvre, "La Recherche au musée du Louvre 2020", p.11.

 

Conférences publiques :

17 septembre 2022 : "L’histoire du Louvre".
Conférence publique à la Médiathèque de Fontenay-aux-Roses (Hauts-de-Seine), dans le cadre des Journées européennes du patrimoine, avec Sybille Atchouel, guide-conférencière.


26 mars 2022 : "Les usages sociaux du Louvre".
Conférence publique à la Médiathèque de Fontenay-aux-Roses (Hauts-de-Seine), dans le cadre du dispositif de musée numérique "Micro-Folies" (Ministère de la Culture), avec Sybille Atchouel, guide-conférencière.