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Aurore Noury

Directrice de thèse : Annick Louis

Année d'inscription : 2018

Sujet de thèse : Croyons-nous en nos fictions ? Fonction et croyance dans les œuvres de Tolkien, Dumas et Doyle.

La cause est a priori entendue : les mythes ne seraient plus que des récits divertissants, souvenirs des croyances ancestrales des communautés qui les ont établis et qui seraient, depuis, devenues rationnelles. Pourtant, certains récits semblent avoir conservé ou reproduit des caractéristiques du mythe. Plus encore, nombre de lecteurs, parfaitement au fait des vérités scientifiques et historiques, ont voulu y croire et s’y adonnent plutôt que de se contenter d’un regard rationnel sur la réalité.

Trois œuvres peuvent éclairer les différentes manifestations de ce phénomène. La postérité de l’œuvre d’Alexandre Dumas est telle que la France du XVIIème siècle n’est plus concevable sans ses légendaires mousquetaires. Combien de professeurs d’histoire se sont appuyés sur eux pour introduire la matière à leurs élèves ? Et combien sont-ils à savoir que d’Artagnan a réellement existé ? Le d’Artagnan historique n’existe plus en lui-même : il n’est que l’ombre, certes plus tangible, mais plus terne, du héros qui a un jour pris son nom et son uniforme.

Le Sherlock Holmes de Conan Doyle pousse cette logique plus loin encore : sans avoir de référent réel avec lequel partager nom et visage, il fait aujourd’hui partie intégrante du paysage londonien, poussant depuis plus d’un siècle les lecteurs de ses aventures à chercher sa maison ou à lui soumettre des problèmes. Certains ont même créé des comités dits « scientifiques » qui évaluent la validité des récits annexes, écrits par d’autres auteurs que Conan Doyle ! Personnage fictif, il surpasse tous ses ancêtres littéraires et historiques, jusqu’à faire oublier leur existence.

Enfin, l’œuvre de Tolkien offre une image plus proche encore de la notion traditionnelle de mythe, tant elle a tenté d’en reproduire le langage et les règles à travers un passé fictionnel de la planète Terre. Ses lecteurs ne s’y sont pas trompés. Certains apprennent les langues elfiques avec le même sérieux que d’autres les langues anciennes, cherchent à reproduire les chants des peuples de la Terre du Milieu, mettent en musique ses poèmes ou veulent tirer des leçons des débats philosophiques qui y ont eu cours. Il y en a même pour développer une historiographie interne à la Terre du Milieu, comme si elle appartenait à la même réalité que la Babylone antique ou la dynastie Xia.

    Comment est-il possible, voire concevable, que des lecteurs, pourtant nombreux et différents, soient tentés d’adhérer ou adhèrent à des récits qu’ils savent parfaitement fictifs, au point de leur octroyer une telle place, à côté de la réalité historique ? Quel est ce mécanisme de croyance qui semblait avoir disparu avec le mythe, et qui pourtant renaît ici avec une vivacité d’autant plus remarquable qu’elle semble incompatible avec les sciences contemporaines ? Comment cela éclaire-t-il le rapport humain à la fiction ? L’objet de cette thèse est donc d’étudier les liens qui peuvent rapprocher le fonctionnement narratif de ces œuvres à celui du mythe, d’observer toutes les pratiques para-littéraires qui se sont développées autour de ces œuvres depuis leur publication, et d’en déduire les possibles places de l’imaginaire dans le rapport contemporain à la réalité.


Parcours universitaire :

- CPGE littéraires, option Lettres Classiques, au lycée Faidherbe de Lille (2008-2011).

- Master d'Histoire et d'Archéologie Antique : Comparaison de la représentation des Barbares sur la colonne de Trajan et la colonne de Marc Aurèle. Sous la direction de M. Javier Arce, à l'université de Lille (2012-2014).

- Master de Littérature Générale et Comparée : Le Silmarillion, quel tragique ? Sous la direction de M. Vincent Ferré, à l'université de Paris XII (2014-2015).

- Intervention dans le cadre du Séminaire Tolkien à l'ENS Ulm : Le tragique et l'estel dans l'oeuvre de Tolkien (mai 2017).

- Certifiée de Lettres Classiques. Deux ans d'enseignement.

- Double admissibilité à l'agrégation de Lettres Modernes.

 

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