Rencontres scientifiques

Appel à communications - JE "Ce que fait le concept à l'oeuvre", Revue Marges n°27

"Ce que fait le concept à l'oeuvre"

Journée d'études Marges n°27

7 octobre 2017, INHA (Paris)

 

Rejetant l’idée d’un art qui serait conceptuel, Gérard Genette affirme, dans L’OEuvre de l’art, qu’il n’y a que des oeuvres conceptuelles, puisque « l’état conceptuel » est présent hypothétiquement au sein de chaque oeuvre et se vérifie au « coup par coup, oeuvre par oeuvre, et selon une relation fluctuante entre l’intention de l’artiste et l’attention du public, ou plutôt du récepteur individuel » (Genette ; 1994). La formule « art conceptuel » désigne communément le groupe restreint d’artistes newyorkais travaillant à partir des années 1960 autour de Seth Siegelaub et sa définition met habituellement en avant le primat du concept sur la forme et l’art comme objet de l’art. Elle a pu être appliquée cependant, par les commentateurs des décennies suivantes, à d’autres groupes artistiques, aires géographiques et périodes chronologiques. Cet élargissement a eu pour conséquence de diluer la formule initiale. Une telle évolution affecte la réception traditionnelle des oeuvres d’art, allant même jusqu’à ce que Luis Camnitzer nomme « conceptualisme » et qui comprend « des oeuvres et des pratiques qui, réduisant radicalement le rôle de l’objet d’art, ré-imaginent ses possibilités vis-à-vis des réalités sociales, politiques et économiques dont il est issu » (Camnitzer ; 1999). Les termes « concept » et « conceptuel » ont ainsi pu être utilisés pour désigner diverses pratiques : le refus des médiums traditionnels, la dématérialisation de l’objet d’art, le décloisonnement des disciplines, l’attachement à des oeuvres processuelles ou performatives, la mise en exergue du contexte d’exposition ou du caractère relationnel de l’oeuvre, etc. Dès lors, la dimension conceptuelle de l’oeuvre est à considérer dans une définition plus générale et touche aussi à d’autres pratiques et domaines que les arts visuels. On assiste ainsi à une « autonomisation de l’état conceptuel » de l’oeuvre (Schaeffer ; 1996), qui dépendrait également de son contexte de réception.

Déplaçant l’attention de l’objet à l’acte et de l’acte à l’idée, les oeuvres conceptuelles, qu’elles relèvent de champs artistiques aussi différents que la littérature, la musique ou encore les arts visuels, ont constitué et constituent encore le lieu d’une interrogation due notamment à l’indétermination du « régime » conceptuel. Cette indétermination crée la possibilité d’une réception ouverte et multiple, non nécessairement conforme à l’intention de l’artiste et issue d’une attention, de la part du spectateur, plus ou moins adéquate, relevant d’un regard collectif ou individuel. C’est dans ce sens que nous comprenons la formule de Genette évoquant une « relation fluctuante », la réception des oeuvres conceptuelles allant des processus d’adaptation (création des espaces spécifiques pour l’exposition, l’édition, la performance musicale, etc., ainsi que de nouvelles catégories classificatoires) aux rapports conflictuels (les évaluations négatives, les incompréhensions des acteurs sociaux, les débats, etc.). Ce sont toutes ces possibilités que nous souhaitons interroger à travers l’analyse de ce que le concept fait à l’oeuvre. Les oeuvres dites conceptuelles renvoient à un large éventail de situations que l’on peut observer au sein des multiples champs de la création jusqu’aux pratiques artistiques les plus contemporaines.

Que fait le concept à l’oeuvre ? De quelle manière l’« autonomisation » ou le primat du concept au détriment des propriétés perceptives immédiates de l’oeuvre affectent, modifient ou questionnent sa réception ? Comment concevoir cette « relation fluctuante », qui ouvre la réflexion sur une considération plus générale des oeuvres, qu’elles se revendiquent ou non, comme conceptuelles ? En ce sens, le 27e numéro de la revue Marges aimerait interroger la notion de « concept » et ses dérivés, non pas en partant uniquement du point de vue défendu par les artistes mais en se concentrant sur la réception des oeuvres dites conceptuelles ; cela, en laissant la place à un questionnement interdisciplinaire (arts visuels, design graphique, musique, littérature, linguistique, sociologie de l’art, philosophie de l’art, esthétique, etc.).

Axes de recherche

La journée d’études se concentrant sur la période contemporaine, les propositions qui recouperont les axes proposés ci-dessous seront privilégiées :

•   Les usages artistiques et les définitions de la notion « concept » et de ses dérivés, à travers les disciplines ;

•   L’extension indéfinie du « conceptuel » dans la création contemporaine (arts visuels, littérature, musique, etc.) ;

•   L’inadéquation, la critique ou le rejet de certaines oeuvres conceptuelles ; l’écart ou la concordance dans la réception des oeuvres ;

•   Les modalités de légitimation des pratiques conceptuelles proposées par les artistes, écrivains, musiciens, etc. ; les instances de consécration des oeuvres « conceptuelles » ;

•   L’intégration et l’exclusion de certains artistes dans le canon de l’art conceptuel ; l’histoire de l’art et la critique d’art face à l’art conceptuel ;

•   La genèse des pratiques conceptuelles comme nouveaux champs artistiques et leur institutionnalisation ; leur postérité dans l’art contemporain ;

•   La création des réseaux, l’institutionnalisation des arts conceptuels et son intégration sur le marché de l’art ;

•   L’adaptation des institutions, des pairs, du public, etc., pour des oeuvres qui, en raison des modifications qu’elles imposent aux cadres traditionnels, nécessitent un accueil spécifique.

 

Modalités

Les propositions devront nous parvenir avant le 25 juin 2017, sous la forme d’une problématique résumée (5000 signes maximum, espaces compris), adressée par courriel à Émeline Jaret(emeline.jaret@gmail.com) et à Umut Ungan(umut.ungan@ehess.fr).

Les textes sélectionnés (en double aveugle) feront l’objet d’une journée d’études à Paris, à l’INHA, le 7 octobre 2017. Le texte des propositions retenues devra nous parvenir le 1er octobre 2017 (30.000 à 40.000 signes, espaces et notes compris). Certaines de ces contributions seront retenues pour la publication du numéro 27 de Marges en octobre 2018, aux Presses Universitaires de Vincennes.

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