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Peuples en larmes, peuples en armes (11/2014-04/2015)

Séminaire
"Peuples en larmes, peuple en armes"

par Georges Didi-Huberman

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Cliquez ici pour voir la vidéo en plein écran sur la chaîne Youtube du CRAL

 

Un repas de viande avariée. Contestation des matelots. L’assassinat de leur leader Vakoulintchouk. Des femmes pleurent autour du cadavre. Les poings se lèvent et le peuple entier se soulève pour se révolter. En prenant comme exemple le Cuirassé Potemkine d’Eisenstein, Georges Didi-Huberman analyse la puissance politique du sanglot et de l’image.

(Revoir le film sur ARTE.tv : http://cinema.arte.tv/fr/article/le-cuirasse-potemkine-de-serguei-eisenstein)

Son séminaire « Peuples en larmes, peuples en armes » qu’il a donné de 2014 à 2015, a été filmé et divisé en 10 parties. Il sera mis en ligne sur le site du CRAL à partir du 15 septembre, au rythme d’un séminaire par semaine. Le séminaire de 2 heures a été monté en 30-45 minutes, pour ne se concentrer que sur des moments phares. De plus, il s’est enrichi d’archives complémentaires et d’extraits de film pour illustrer au mieux les analyses de Didi-Huberman. Ces enregistrements ont pour vocation d’être un médium complémentaire à l’ouvrage publié au printemps de cette année, chez Les éditions de minuit, portant le même titre, plus complet sur le sujet (464 pages).

Premier séminaire (03/11/2014)


La première partie du séminaire pose la question du rôle des larmes dans un processus révolutionnaire.
« Pour qu’il y ait soulèvement, il faut un partage des émotions » dit Georges Didi-Huberman.

Dans un entretien récemment donné dans le journal Libération du 1er septembre 2016, il précise : « La tragédie analysée et reconstruite par Eisenstein dans le Cuirassé Potemkine, que j’ai tenté d’analyser aussi précisément que possible dans mon livre, peut être vue comme un parfait exemple de cette situation. Un modèle, même. Cette situation est la suivante : quelqu’un meurt de mort injuste. Un jeune homme, par exemple. Ou, pire encore, un enfant. Ou une femme. Ou une vieille personne, ou un groupe de civils désarmés. Cela s’est beaucoup vu, récemment, dans les révolutions arabes. L’émotion est alors à son comble. Elle est faite d’un sentiment d’horreur et d’indignation. Comment peut-on faire mourir un enfant, un jeune homme dans la force de l’âge - comme Mohamed Bouazizi en Tunisie, comme Vakoulintchouk dans le film d’Eisenstein ? On est accablé devant de telles « morts injustes ». Alors on pleure. Plus encore : on se lamente, comme il faut bien le dire dans des contextes religieux particuliers - le christianisme orthodoxe, dans le cas de la situation à Odessa en 1905, mise en scène par Eisenstein ; l’islam, dans le contexte de la Tunisie, de l’Egypte, de la Syrie contemporaines, ou encore le catholicisme en Amérique du Sud - qui ont pour charge de ritualiser la douleur. »

Deuxième séminaire (17/11/2014)

Pourquoi pleure-t-on ? « Nous pleurons pour manifester notre impouvoir et non notre impuissance. Nous souffrons, nous subissons, nous pleurons. C’est ce qu’on appelle le pathos en grec, la situation où nous ne pouvons rien faire. Mais cette lamentation est une source de puissance. Elle appelle à la justice, à la vengeance, à l’émancipation, à la révolution. »

Dans le film d’Eisenstein, les femmes jouent un rôle important dans ce tournant de l’histoire. Il y a celles qui pleurent avec un voile autour du cadavre, celle qui se met en colère en arrachant son voile, celle qui lève le poing qui est une militante Bund, la grande organisation révolutionnaire juive de l’époque, et les bourgeoises qui se manifestent avec les matelots et le peuple… C’est donc la situation de l’impouvoir qui conduit à la puissance politique.

Troisième séminaire (1-15/12/2014)

Georges Didi-Huberman fait une analyse historique sur le film, commençant par le contexte dans lequel il a été conçu (un projet commandé par le Comité central pour célébrer les 20 ans de 1905), l’idée initiale du réalisateur, les personnages du film qui ont réellement existé pendant la révolte de 1905 et les intertitres qui accompagnent le film (texte de Lénine et de Trotsky).

Quatrième séminaire (15/12/2014)

Georges Didi-Huberman montre les précisions historiques qu’Eisenstein a apportées au film malgré le fait que c’est une fiction, et en même temps, la poésie qui émane. « C’est une œuvre documentaire – lyrique. Un grand chant lyrique de la révolution ». Eisenstein étant un grand passionné de littérature, Les Misérables de Victor Hugo est incontestablement une référence importante pour penser le Cuirassé, où un enterrement est bien une occasion pour une renaissance. Une autre référence, cette fois-ci cinématographique, serait La naissance d’une nation de D. W. Griffith. On peut citer aussi les chroniques versifiées de ses contemporains comme celles de Boris Pasternak ou de Maïakovski. Le Cuirassé Potemkine est bien une chronique versifiée ou un poème documentaire. 

 Cinquième séminaire (15/12/2014)

La scène de lamentation est l’exemple même où les obsèques des victimes de la révolution deviennent une manifestation enflammée, le prétexte à des bagarres et à des répressions atroces. Eisenstein fait écho au deuil de Nikolay Bauman, un dirigeant ouvrier, tué par la police du Tsar en octobre 1905, et dont les funérailles ont donné lieu à une grande manifestation annonciatrice du soulèvement de décembre 1905.Dans cette même scène de lamentation, un personnage apparaît brièvement, mais dont le rôle est essentiel : une femme du Bund. Quelle est l’importance de ce mouvement juif en 1905 ?C’est ainsi que s’achève la première partie.

Sixième séminaire (05/01/2015)

Dans la deuxième partie du séminaire, Georges Didi-Huberman explique ce qu’est le montage des affections. Eisenstein transforme les événements sociaux et politiques en un pathos collectif, et le transporte dans un mouvement de montage jusqu’à son ex-tase, c’est-à-dire le fait de « sortir » de soi. Le montage de plusieurs images plus ou moins conflictuelles forme une seule image au final qui est une image dialectique. C’est ce qu’Eisenstein appelle l’« Obraz », image en russe.

Septième séminaire (02/02/2015)

Eisenstein utilise les gros plans pour créer une explosion pathétique. Dans son montage, il y a à la fois des conflits entre les plans et des attractions (théorie de montage des attractions, 1923).
Puis, il y a « Obraz – Obrez », image coupe en russe ; une expansion de la limite créée par la coupe. 

Huitième séminaire (02/02/2015)

Eisenstein fait coexister dans le même film, le vertige de proche et le vertige de lointain, comme l’a fait, par exemple, Léonard de Vinci avec la Joconde. La scène de brume, qui a été filmée de façon spontanée par Eisenstein et son équipe, s’interroge sur le lointain - l’image-milieu -, en opposition à la scène de lamentation, qui s’intéresse aux détails, aux gros plans – image-coupe. Il appelle cette scène « le lamento des brumes » où il théorise trois paradigmes : celui de picturalité, de musicalité et de poéticité. Cette scène met les spectateurs en attente, dans l’expectative où rien n’est encore formé, tout est en cours de formation…

Neuvième séminaire (16/02/2015)

Le séminaire se termine en mettant l’accent sur la dialectique de l’œuvre : la puissance du négatif, les pleurs de colère, le montage (coupures) des attractions, la présence des éléments burlesques propre à la comédie dans cette histoire tragique, l’importance de la régression pour organiser une révolution.

Dixième séminaire (16/03/2015)

Eisenstein s’inspire de Vsevolod Meyerhold sur les gestes expressifs. Son « second père » développe l’idée que chaque geste doit dire « non ». Eisenstein accentue le pathos d’un geste en le contrastant avec son contraire : c’est le principe dialectique par excellence, comme le montre le film expérimental de Kurt Lewin, un psychologue américain d’origine allemande. Dans ce mouvement oppositionnel, il y a l’idée de la coupe, de mise en morceau, de l’attraction, de la danse, de la volte.  On se révolte, on sort de soi : l’extase.

Ces années de travail sur le thème de lamentation et de colère, donnent lieu aujourd’hui à une exposition au Jeu de Paume, intitulée « Soulèvements » qui ouvrira ses portes le 18 octobre 2016.


 

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