Publications

Les invasions barbares

Les invasions barbares

Une généalogie de l'histoire de l'art

Eric Michaud
Gallimard, NRF essais ,  2015,  320 p.
L’histoire de l’art a commencé avec les invasions barbares. Vers 1800, ces invasions sont devenues soudainement l’événement décisif par lequel l’Occident se serait engagé dans la modernité : le sang neuf des races du Nord, tout en conservant l’ancien, aurait apporté un art nouveau, nécessairement antiromain et anticlassique, et dont l’héritage était encore manifeste en Europe. Ce récit fantastique, inséparable de la formation des États-nations et de la montée des nationalismes en Europe, se fondait sur le double postulat de l’homogénéité et de la continuité des peuples «étrangers» : il fit bientôt tomber les styles artistiques sous la dépendance du sang et de la race. L’histoire de l’art associa ses objets à des groupes raciaux en s’appuyant sur quelques singularités visibles : tantôt leurs qualités «tactiles» ou «optiques» les dénonçaient comme «latins» ou «germains», tantôt la prédominance des éléments linéaires trahissait une origine méridionale, quand le «pictural» indiquait clairement une provenance germanique ou nordique. Les musées, pour finir, regroupèrent les productions des beaux-arts selon leur provenance géographique et l’appartenance «ethnique» de leurs créateurs. Il serait parfaitement vain de chercher à démontrer que l’histoire de l’art fut une discipline raciste : elle ne l’aura été ni plus ni moins que les autres sciences sociales qui, toutes, furent touchées ou orientées par la pensée raciale visant à classer et hiérarchiser les hommes en fonction de traits somatiques et psychologiques qui leur étaient attribués. Mais, montre Éric Michaud, les liens qu’elle a tissés entre les hommes et leurs objets artistiques ne sont pas encore tranchés : l’opinion la plus commune sur l’art est qu’il incarne au mieux le génie des peuples. Aujourd’hui encore, sur le marché mondialisé, la provenance ethnico-raciale exhibée des œuvres – «Black», «African American», «Latino» ou «Native American» – donne à ces objets d’échange une plus-value estimable. Ainsi s’expose en permanence une concurrence des «races» qui n’est jamais que la même qui présida aux commencements de l’histoire de l’art.

Pour citer ce document

, «Les invasions barbares», cral [En ligne], Publications, mis à jour le : 25/11/2015
, URL : http://cral.ehess.fr/index.php?2006.
EHESS
CNRS

flux rss  Actualités

Rythmer le chaos : Composition, circulation et collecte des chansons et poèmes des ghettos et des camps nazis

Journée(s) d'étude - Jeudi 6 juin 2019 - 09:30Cette journée d’études organisée par l’EHESS - CRAL – « Centre de recherches sur les arts et le langage » et PREMEC – « Premiers modes d’écriture de la Shoah » - et le LabEx EHNE - « Écrire une Histoire nouvelle de l’Europe »-, aura lieu le 6 Juin 20 (...)(...)

Lire la suite

Ecrivains et penseurs autour du Chambon-sur-Lignon

Exposition - Mercredi 5 juin 2019 - 08:00Raymond Aron, Albert Camus, Georges Canguilhem, André Chouraqui, Louis Comte, Charles Gide, Jacob Gordin, Alexandre Grothendieck, Jules Isaac, Georges Levitte, Marcel Pagnol, Léon Poliakov, Francis Ponge, Paul Ricœur, Gilbert Simondon, Georges Vajda, Pier (...)(...)

Lire la suite

Futurs autochtones, notre futur

Journée(s) d'étude - Jeudi 2 mai 2019 - 18:00Ces deux dernières journées engagent un dialogue autour des formes filmiques, collectives et essayistes. Cinéastes et militants exposent la façon dont l’expérience des communautés autochtones dans des situations marquées par l’extension de la biopolit (...)(...)

Lire la suite

Plus d'actualités

CRAL
96, bd Raspail - 75006 Paris
Tél. : +33 (0)1 53 63 56 23
Fax : +33 (0)1 53 63 56 21
cral@ehess.fr

Page Facebook

Chaîne YouTube