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Création musicale et globalisation (Globamus) (19-21/03/13)

Loin des clichés de la world music, mais également à l'opposé d'une « ethnomusicologie d'urgence » agitant le spectre de la disparition des musiques « traditionnelles », ce colloque propose de réfléchir sur les stratégies et les intentions des acteurs musicaux, au Nord comme au Sud, pour s'inscrire résolument dans la modernité, sur leur aptitude à agir sur le monde, à aller plus avant ou, au contraire, à infléchir le processus d'homogénéisation des cultures et de leur transformation en produit de consommation. En travaillant la notion de création musicale à partir de situations observées localement, il s'agit de contribuer à l'élaboration d'un savoir original sur ces musiques, envisagées comme révélateur de la contemporanéité, au sens que lui donne Johannes Fabian de « co-temporalité », des sociétés.

Nous interrogerons la catégorie d'individus qui composent de la musique, leur trajectoire, leur singularité, leur rôle social et leur éventuel impact politique. On analysera les sources et ressources de leur inspiration et les nouveaux imaginaires qu'elles font naître, les différentes pratiques de création, et le statut de ce qui est produit, de la chansonnette à la mode à une œuvre qui dure et marque une époque. Dans ce contexte de globalisation, nous nous pencherons sur les dynamiques circulatoires, en nous demandant de quels réseaux, post-coloniaux, religieux ou économiques, les musiques bénéficient, comment elles s'ancrent en des lieux précis avant de circuler à nouveau. Notre réflexion prendra enfin en compte la mise en public de ces nouvelles musiques et leur participation à une économie mondialisée des biens culturels, où seront traitées des questions concernant les outils et supports technologiques de la création, de la reproduction et de la conservation, les régimes de protection du droit d'auteur ou les nouvelles filières industrielles indépendantes.

Allant à l'encontre du paradigme abstrait d'une globalisation standardisée, nous montrerons que ce nouveau contexte permet non seulement de créer de nouvelles musiques, de nouveaux métiers, de nouveaux lieux, de nouveaux réseaux, de nouveaux imaginaires, mais réhabilite aussi un temps qui offre des capacités d'action inédites pour les individus, tandis que ces derniers redéfinissent l'espace pertinent en réévaluant le rapport entre le local et le global selon leurs possibilités et leurs stratégies d'action. Il s'agira ainsi d'analyser la capacité à mobiliser, à capter des ressources à l'échelle globale pour les reconfigurer et les réinterpréter au niveau local, c'est-à-dire à mettre en réseau le local. C'est précisément cette nouvelle production du local que nous proposons d'interroger dans ce colloque.

Ce colloque international clôt quatre années du projet ANR GLOBAMUS « Création musicale, circulation et marché d'identités en contexte global » (2008-2012), pendant lesquelles des musicologues, ethnomusicologues, sociologues, anthropologues et historiens ont réfléchi ensemble à ces questions pour tenter de poser un regard nouveau sur les musiques en contexte de globalisation, mais aussi de discuter un certain nombre d'hypothèses d'ordre théorique et méthodologique pour la constitution d'un champ d'études sur les pratiques musicales susceptible d'aller au-delà des clivages entre ethnomusicologie, musicologie et sociologie des « musiques populaires ». Ce sont les résultats de cette réflexion, organisés en quatre axes transversaux, que ce colloque a pour objectif de livrer, en faisant dialoguer les membres de l'équipe GLOBAMUS à des chercheurs extérieurs, dont les objets d'étude et les disciplines sont voisins.

 

http://globalmus.net/

ANR Globamus : lien explicatif

 Voir la vidéo en plein écran :  http://www.youtube.com/watch?v=Hgb5ZadS754&feature=share&list=PLuOU2gRcQi7MiS8FLFdq7gekvzaj7twpi

Axe 1 : Création musicale et imaginaires sociaux

Allant à l’encontre d’une analyse musicale qui se suffirait à elle-même ou, à l’inverse, qui considèrerait uniquement la musique comme production sociale, l’enjeu de cet axe est de montrer comment une analyse fine des processus de création musicale peut conduire à révéler, sous un angle différent, des enjeux sociaux forts. 

Constatant l’impasse théorique dans laquelle mènent d’une part l’opposition « création » vs « créativité », d’autre part l’idée que le moteur principal de la création artistique dans les sociétés non occidentales est le recyclage ou le bricolage, nous proposons d’observer les pratiques de composition musicale dans un continuum, de l’interprétation à la création ex nihilo en passant par la reprise, la citation, l’adaptation, l’amalgame ou la parodie. Les recherches effectuées au sein de GLOBAMUS ont mis au jour des processus de création où reprise et innovation, filiation et rupture, tradition et modernité ne s’opposent pas mais s’articulent, s’accumulent ou se confrontent selon des contextes sociaux, des enjeux politiques ou économiques et des choix stylistiques fluctuants. Dans un contexte de globalisation, où les musiques circulent, où les sources et ressources d’inspiration sont multiples, se pose nécessairement la question des modes de (re)sémantisation du sonore. Comment la musique s’ancre-t-elle en un lieu, parvient-elle à traduire de nouvelles dynamiques sociales en termes de récits, d’images et d’imaginaires partagés ? Comment crée-t-elle aussi du sens, comme vecteur d’identifications, de transformations sociales, de projets politiques ?


1/ Conférence introductive
Veit ERLMANN, Ethnomusicologue (Université du Texas)


2/ Présentation des travaux de l’équipe
Denis-Constant MARTIN (Sciences Po, LAM) 


3/ Présentation des travaux de l’équipe
Didier FRANCFORT (Université de Lorraine, CERCLE) 

 

4/ Présentation des travaux de l’équipe
Esteban BUCH (EHESS, CRAL) 

 

5/ Présentation des travaux de l’équipe
Marina CAÑARDO (Université de Buenos Aires, EHESS)

 

6/ Présentation des travaux de l’équipe
Camila JUAREZ (Université de Buenos Aires)

 

7/ Discussion et débat
Discutant : Christophe PIRENNE, Musicologue (Université de Liège)

Axe 2 : La danse

Cet axe s’intéressera aux productions chorégraphiques inscrites dans des dynamiques de patrimonialisation et/ou d’ « artification » (Heinich et Shapiro 2012). Sans évacuer le rôle des politiques culturelles nationales et internationales et l’impact de l’ouverture du marché de l’art aux « danses du monde », notre questionnement portera plus particulièrement sur le statut, les valeurs et les pratiques des acteurs engagés dans la fabrique de ces danses nouvelles. De Bamako à Montevideo en passant par Ouagadougou, on constate en effet que les processus de mise en spectacles des danses ont à la fois favorisé l’émergence de grandes figures (danseurs, chorégraphes, metteurs en scène), introduit un rapport nouveau à la « tradition » et ouvert la voie à des pratiques créatives fortement individualisées. Dans un contexte où des savoirs conçus par les acteurs comme « traditionnels » deviennent des sources d’inspiration pour la création de spectacles présentés dans de nouveaux espaces (festivals, carnavals, scènes de théâtre), pour des publics variés et à des fins politiques et identitaires divers, les valeurs et des logiques créatives liées à ces « passages à l’art » (Tarabout 2003) constituent des axes de questionnement centraux. Comment s’articule la volonté des danseurs de s’inscrire dans des héritages collectifs localisés, de les mettre en valeur tout en proposant des spectacles où s’exprime pleinement une créativité individuelle ? Ce processus amène en outre à considérer les transformations des modalités et des espaces de transmission inhérents au processus de professionnalisation dans lequel sont engagés les artistes. Quels sont les savoirs « stratégiques » permettant de passer de la position de danseur interprète d’un patrimoine à celui de chorégraphe, créateur à part entière ? Enfin, la question du statut des matières gestuelles mise en spectacle ouvre une réflexion sur la notion de « propriété culturelle ». Nous serons ici particulièrement attentifs aux pratiques locales de « vol », d’« emprunt » et de « don » de savoir-danser comme aux interprétations plurielles de la notion de droit d’auteur.

8/ Conférence introductive
Nadine SIEVEKING, Anthropologue (Université de Leipzig, Institut d’Etudes Africaines,)

 

9/ Présentation des travaux de l’équipe
Clara BIERMANN (Université de Paris Ouest, CREM - Casa de Velazquez, EHEHI)

 

10/ Présentation des travaux de l’équipe
Elina DJEBBARI (EHESS, CRAL)

(vidéo supprimée)

 

11/ Présentation des travaux de l’équipe
Sarah ANDRIEU (Université d’Aix-en-Provence, CEMAf) 

 

12/ Discussion et débat
Discutant : 
Marie-Pierre GIBERT, Anthropologue (Université Lyon 2, CREA)

 

Axe 3 : Outils technologiques et économie de la culture

Avec la démocratisation du numérique depuis le début des années 2000, une véritable mutation technologique affecte la création, la diffusion et la circulation des musiques et des danses. Si la question est travaillée depuis quelques années pour les pays du Nord, en revanche nous ignorons largement comment, dans des contextes moins industrialisés, des régimes créatifs se développent à l’heure du numérique. En outre, dans de nombreux pays, on observe que le numérique coexiste avec des technologies “obsolètes” telles la cassette analogique, le disque vinyle, ou le VHS. Malgré leur peu de visibilité dans les pays du Nord, ces technologies mixtes témoignent pourtant de savoirs et de savoir faire, d’imaginaires, mais aussi de filières industrielles que l’on pourrait qualifier d’alternatives, suggérant de véritables « voies souterraines de la mondialisation culturelle » (Mattelart 2011). 

Divers cas d’étude travaillés par GLOBAMUS, du zikiri malien, au tsapiky de Madagascar, en passant par la champeta colombienne, permettent d’examiner des questions telles que la création d’esthétiques audiovisuelles à travers de nouveaux formats de vidéo-clips ou de vidéoconcerts, le passage opéré entre réseaux virtuels et scènes locales, l’émergence de régimes d’autorité alternatifs au droit d’auteur, ou bien la mise en place d’innovations économiques dans les systèmes de production indépendants de la culture. L’approche autour de ces initiatives locales permet ainsi de voir comment les technologies « globalisées » de la communication donnent lieu à une grande diversité d’usages, d’appropriations et de manipulations, tant sur le plan de la création, que de la reproduction, de la circulation et de la conservation.

 

13/ Conférence introductive
Tristan MATTELART, Sociologue, (Université Paris 8, CEMTI)

 

14/ Présentation des travaux de l’équipe
Panagiota ANAGNOSTOU (Sciences Po Bordeaux)

 

15/ Présentation des travaux de l’équipe
Julien MALLET (IRD, URMIS)

 

16/ Présentation des travaux de l’équipe
Guillaume SAMSON (Pôle Régional des Musiques Actuelles de La Réunion)

 

17/ Présentation des travaux de l’équipe
Juan PAULHIAC (Post-doc EHESS-CRAL) 

 

18/ Discussion et débat
Discutant : Gérôme GUIBERT, Sociologue (Université Paris 3, CIM)

Axe 4 : Le religieux

Cet axe interroge le travail des compositeurs, l’autorité qu’ils exercent sur leurs productions, et le statut de ce qu’ils produisent dans des sociétés, notamment musulmanes, où l’acte de création stricto sensu est réservé à Dieu. La question de la création, et plus encore de l’innovation musicale, se pose donc en des termes particuliers lorsqu’on a à faire à ces sociétés. Or depuis quelques années, on y observe une transformation radicale de la musique religieuse, auparavant réservée à une élite de lettrés, en une véritable musique populaire (pop music), relevant d’une économie (morale) du divertissement. Dans ce nouveau contexte, nous montrerons quelles sont les sources et les ressources d’inspiration des musiciens – du hip hop aux chants chrétiens évangélistes en passant par la musique populaire locale –, comment ils passent d’un sacerdoce à un métier, quelles nouvelles mises en scène prend le religieux (festivals notamment), mais aussi comment cette musique contribue à construire et façonner la figure de nouveaux leaders religieux, aidée en cela par une diffusion médiatique tout azimut (radios, TV, internet, sonneries de téléphone portable, etc.) et des politiques locales ou nationales influentes.

 

19/ Conférence introductive
Martin STOKES, Ethnomusicologue (King’s College of London)

 

20/ Présentation des travaux de l’équipe
Emmanuelle OLIVIER (CNRS, CRAL)

 

21/ Présentation des travaux de l’équipe
 Gilles HOLDER (CNRS, CEAf)

 

22/ Présentation des travaux de l’équipe
 Fabienne SAMSON (IRD, CEAf)

 

23/ Présentation des travaux de l’équipe
Victor RANDRIANARY (Université d’Antananarivo)

 

24/ Discussion et débat
Discutant : Monique DESROCHES, Ethnomusicologue (Université de Montréal)

 

Table-ronde conclusive

Table-ronde conclusive

25/ Création musicale et mise en réseau du local : nouveaux enjeux
Bob WHITE, Anthropologue (Université de Montréal)

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